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Bayer / Lipobay

TF1, le 10 décembre 2004

Bayer a "dissimulé" les dangers de son anticholestérol

Un rapport d'expertise judiciaire, révélé par Le Parisien, dénonce les agissements du laboratoire allemand. Les autorités sanitaires françaises sont également épinglées.

Bayer accusé de "dissimulation" et de "volonté de tromper". Un rapport d'expertise judiciaire met en cause les pratiques du groupe pharmaceutique allemand dans l'affaire de ses médicaments contre le cholestérol, le Staltor et le Cholstat, retirés du marché en 2001 après 52 décès. Le quotidien Le Parisien révèle vendredi le contenu du document, qu'il s'est procuré "en avant-première" et qui a été remis en novembre à la juge d'instruction parisienne Anne Auclair-Rabinovitch.

Dangers minimisés
L'affaire est qualifiée de "bombe atomique" par l'auteur du rapport, le docteur Marc Girard. Cet expert en médicaments "a décortiqué comment Bayer avait fait autoriser son médicament (contre le cholestérol, NDLR) en Europe à la fin des années 1990", écrit le journal. La firme aurait minimisé les dangers de sa molécule anticholestérol, la cérivastatine, "se limitant à considérer comme rares ou exceptionnelles des complications observées chez quelques centaines de patients traités, sans la moindre considération pour le fait que ces fréquences faibles ont un potentiel dramatique lorsque l'exposition concernera des dizaines de millions de patients traités".
Le spécialiste indique que dès l'été 1991, les effets secondaires des médicaments étaient apparus : ils provoquaient la rhabdomyolyse, une maladie qui tue les cellules des muscles. Or, c'est pour cette raison que les médicaments ont été retirés du marché... dix ans plus tard. Le docteur Girard, s'appuyant sur des études documentées, évoquent d'autres effets indésirables sur le foie, les yeux et le pancréas d'ordre neurologique et cancéreux, qui ont été sous-estimés et éludés par Bayer.

Autorités complices
Le rapport s'en prend par ailleurs aux autorités sanitaires françaises, notamment l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), les accusant d'avoir "été à la traîne de Bayer". Egalement montrés du doigt les médecins spécialistes qui "ont vanté les bienfaits" des médicaments alors qu'ils étaient "grassement payés comme consultants par la firme et parfois comme experts auprès de l'Afssaps", souligne Le Parisien.
Les utilisateurs, eux, "n'ont pu recevoir de leur médecin aucune information raisonnable". Georges Alexandre Imbert, président de l'Association des victimes de médicaments, qui est partie civile dans l'instruction, laisse parler son désarroi et sa colère dans le quotidien : "Nous avons 3.000 dossiers de victimes en France, ce rapport confirme ce que nous suspections. L'Afssaps aurait dû faire son travail mais elle est aux ordres de l'industrie pharmaceutique et se contente d'envoyer des communiqués sur Internet que personne ne lit, y compris les médecins. C'est lamentable".