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Fipronil / Gaucho

25 août 2005, Confédération paysanne

Des paysans poursuivis en justice pour une action guidée par le souci de santé publique et de protection de l'environnement !

Le 7 septembre 2005, à Rodez, 3 paysans dont 2 apiculteurs seront jugés pour s'être opposés le 5 avril 2004 à la commercialisation de semences traitées au fipronil. Au printemps de cette année-là, cet insecticide venait enfin d'être interdit en raison de sa haute toxicité pour la santé humaine et pour celle des abeilles. Mais soucieux des intérêts de l'industrie chimique, le ministre de l'agriculture de l'époque, Hervé Gaymard, avait autorisé l'écoulement des stocks de semences " déjà " traitées au fipronil !

Pour dénoncer l'incohérence des pouvoirs publics et l'attitude des firmes de distribution des produits phytosanitaires, une trentaine de militants de la Confédération Paysanne sont allés symboliquement prélever quelques sacs de semences dans un entrepôt de la RAGT à Rodez (Aveyron) puis les ont déposés sans les détruire à la Préfecture et au commissariat de police de Rodez. Il s'agissait d'alerter l'opinion publique et d'exiger le retrait complet et immédiat du marché d'un produit dont l'usage était interdit.

Cette action n'était pas la 1ère. La Confédération paysanne est mobilisée depuis plusieurs années contre l'utilisation abusive des pesticides en agriculture.
En 1997 des apiculteurs sont confrontés à des mortalités massives et anormales de leurs abeilles. Très vite, ils suspectent le Gaucho (à base d'imidaclopride), un insecticide largement utilisé pour l'enrobage des semences de tournesol et de maïs. Ce que dénie par tous moyens, y compris l'intimidation envers certains paysans, la firme Bayer qui détient et fabrique ce produit.

Après de nombreuses études scientifiques et de nombreuses actions des apiculteurs soutenus par la Confédération paysanne, le Gaucho est partiellement interditen 1999 : pour l'enrobage des semences de tournesol mais pas pour celles du maïs.

En 2002, en Midi Pyrénées des centaines de milliers d'abeilles sont foudroyées en quelques jours. Cette fois-ci et très rapidement, les apiculteurs mettent en cause l'enrobage des semences de tournesol avec le Régent (à base de fipronil).

Une instruction judiciaire est ouverte à St Gaudens (31) qui révèle que :
· dès 1993, la commission d'étude de la toxicité (COMTOX), chargée au sein du ministère d'examiner la dangerosité des produits phytosanitaires, avait donné un avis défavorable à l'utilisation du Régent sur les semences de maïs destinées à l'ensilage donc à l'alimentation des vaches laitières, en raison du risque sérieux de contamination du lait destiné à l'alimentation humaine ;
· mais en décembre 1995, contre l'avis de la COMTOX, le même Régent est autorisé en agriculture sans limitation d'usage ;
· de plus, depuis le début de sa commercialisation, le Régent ne dispose pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM), indispensable à la distribution de tout produit phytosanitaire. Le Régent n'a obtenu qu'une autorisation provisoire de vente (APV), renouvelée illégalement depuis à trois reprises, ce qui évitait les investigations scientifiques indispensables.

En janvier 2003, après de nombreuses expertises qui confirment la toxicité du Régent, la COMTOX émet un avis à l'Union européenne de ne pas inscrire le Fipronil sur la liste des produits autorisés compte tenu des préoccupations majeures pour l'environnement et les espèces sauvages.
En février 2004 dans le cadre de l'instruction judiciaire de Saint Gaudens, le juge met en examen BASF et BAYER, les fabricants successifs du Régent, sur les motifs suivants :
" Mise sur le marché d'un produit phytosanitaire sans autorisation de mise sur le marché, mise en vente de produit toxique pour la santé de l'homme ou de l'animal, violation des dispositions du Code de la santé publique pour les produits très toxiques, tromperie sur l'aptitude à l'emploi d'un produit, .... " Il aura fallu cela pour que Gaymard prenne une mesure - incomplète - d'interdiction du Fipronil !

Les pesticides : un enjeu majeur pour la santé publique et l'environnement
Cette affaire nous parait tout à fait significative de l'attitude des Pouvoirs publics et des firmes phytosanitaires : le productivisme en agriculture et les profits qu'elles en tirent comptent bien davantage que la protection de la Santé publique et la protection de l'environnement.

La France est le premier utilisateur de produits phytosanitaires de l'Union européenne et le troisième au niveau mondial. L'utilisation massive et sans réelles précautions des pesticides est complètement liée au productivisme. Ce sont plus de 80000 tonnes de pesticides qui sont utilisées chaque année et qui se répandent dans l'air, s'infiltrent dans les sols, les nappes phréatiques, les eaux de surface, sont véhiculés par les animaux, ...et que l'on retrouve dans les aliments.

Aujourd'hui le voile se lève sur les risques encourus par l'utilisation massive des pesticides, Le milieu médical met en évidence leur impact sur le développement de plusieurs maladies dont des cancers, en premier lieu sur les paysans. Leur impact violent sur la biodiversité (insectes, oiseaux, etc.) n'est plus à démontrer.

Mais ils sont aussi une source de profits considérables pour quelques grandes firmes : par exemple, le Fipronil est l'un des trois produits stratégiques de Rhône Poulenc qui a été racheté par Bayer puis par BASF ; l'ensemble des applications du Fipronil atteint 400 millions de dollars de chiffre d'affaires.
Ceci explique l'intolérable : le laxisme, voire la complicité de l'Etat à permettre la mise en marché de produits dont la toxicité n'est pas ou mal évalués.

" Malheur aux paysans qui agissent contre cet état de fait ! "
Ni l'Etat ni le complexe agro-productiviste ne supportent d'être pris en défaut, surtout lorsque la dénonciation vient des paysans eux-mêmes, censés être les bénéficiaires de ces pratiques et de ces produits. N'est-ce pas ce qui explique l'acharnement judiciaire qui frappe les paysanspoursuivis à Rodez ?
Mais les crises sanitaires récentes ont fait subir un lourd préjudice aux paysans. Nous ne voulons plus assumer les déficits de responsabilités des pouvoirs publics.

Et nous avons compris - et militons pour cela - que, paysans, consommateurs et écologistes, nous avons les mêmes intérêts à défendre et promouvoir une agriculture paysanne, saine et durable.
C'est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien aux militants qui seront jugés le 7 septembre à Rodez, un soutien que vous pouvez exprimer par tout moyen de votre choix.